La ludopédagogie(1)

Le terme « ludopédagogie » englobe à la fois la pédagogie du jeu et la pédagogie des jeux. Il s’agit d’une part de l’utilisation du jeu et des jeux dans les apprentissages, mais plus encore d’une méthodologie d’apprentissage basée sur le jeu.

Le jeu est sans conteste un outil d’apprentissage intimement lié à la mobilisation de cinq gestes mentaux : l’attention, la compréhension, la mémorisation, la réflexion et l’imagination[i].

L’arrivée de la pédagogie par compétences dans nos écoles permet aux jeux de rentrer par la grande porte dans les classes. Jouer à un jeu de stratégie, coopératif, linguistique,…nécessite la mobilisation de nombreuses ressources : des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être en vue d’atteindre le but défini par les auteurs au sein des règles du jeu.

Dans chaque jeu, une nouvelle tâche complexe à résoudre. De plus, les actions de jeu des adversaires sont quasi-imprévisibles et l’aléa (lancement de dés, tirage de cartes,…) est un mécanisme ludique assez répandu qui peut changer rapidement la « couleur » d’une partie tout en s’amusant.

À la différence des jouets d’exercices (eux sensoriel, moteur ou de manipulation), symboliques (de rôle, de mise en scène de production graphique à deux ou à dimensions) ou d’assemblages (jeux de construction, d’agencement ou de montage scientifique ), les jeux de société répondent à des usages précis, parfaitement cadrés par des règles admises au préalable par les joueurs. Ce sont des « pièges ludiques »[ii] qui obligeront le joueur à faire des choix tout au long de la partie.

Le jeu mobilise ou développe des ressources (du vocabulaire, des connaissances), des compétences disciplinaires (la logique par exemple) et de nombreuses compétences transversales (l’autonomie, l’empathie, la coopération, etc.). Par nature, le jeu de société est par ailleurs un exercice de socialisation, de vivre ensemble voire de citoyenneté.

À l’école, la pédagogie du jeu s’intègre sans aucune difficulté à la pédagogie active. Les mécanismes ludiques du jeu apportent à eux seuls de la motivation aux joueurs. À l’inverse d’une activité d’apprentissage classique le résultat importe peu. Le jeu propose un défi non dénué de risques et d’incertitudes et l’environnement ludique plonge les joueurs dans un cadre spatio-temporel décalé par rapport au réel. Cela lui permettra d’accepter l’erreur et de s’appuyer sur celle-ci pour en tirer un bénéfice, un apprentissage et une expérience positive.

Le jeu est donc d’une part un outil d’apprentissage et d’autre part un merveilleux outil de remédiation ou de ré-accrochage scolaire car l’activité en elle-même est motivante et fondamentalement différente des autres techniques d’apprentissage que le jeune rencontre au quotidien dans son cadre scolaire.

 

Renaud Keymeulen

[i] Versele M., « L’apprentissage par le jeu », La ligue de l’enseignement. Article mis en ligne : https://ligue-enseignement.be/lapprentissage-par-le-jeu/ le 1er mai 2016, consulté le 20 septembre 2017.

[ii] Mauriras-Bousquet M., Théories et pratiques ludiques, Economica, Paris, 1984.